Les XVIIe et XVIIIe siècles

samedi 14 mai 2011
par  Pierre Levi-Topal

Le XVIIe siècle : le château de Chaville de Michel Le Tellier

Michel Le Tellier avait, de son père, hérité la seigneurie de Chaville en 1617. Quelques années après, en 1645, il acquiert la part d’héritage de sa sœur, Madeleine. Par la suite, il achète les biens que l’Hôtel-Dieu possédait encore à Chaville. Le Tellier ne limite pas là son ambition : en 1651 il va encore acheter les terres de son neveu, Jacques, puis en 1660 une maison et ses dépendances. L’année suivante, il achète près de la moitié de la seigneurie de Viroflay, comprenant terres, bois, pré. Sa propriété se trouve constituée de 2 parcs, le Petit Parc de 40 arpents (18,5 h), le Grand Parc de 420 arpents (186 ha).

En 1657, Michel Le Tellier obtient, par lettres patentes, l’autorisation royale de changer le chemin qui allait de Paris à Montfort-l’Amaury et de là vers la Normandie et qui traversait Chaville, pour créer sur ses terres un chemin neuf, depuis la sortie de Viroflay jusqu’à sa jonction avec l’ancienne voie, entre Chaville et le parc de Meudon. Cette voie est “La Route des Gardes” actuelle. En janvier 1661, un Brevet lui est délivré pour faire clore de murs continus son domaine.

Les années de 1635 à 1660 voient la construction de son château (entre les rues A.France et Saint-Paul) dont l’architecture due à Chamois - architecte du Roi -, est inspirée par celle du château édifié pour Louis XIII à Versailles. Avec son château en brique et pierre, ses douves, ses immenses Communs, sa ménagerie, ses orangeries, ses jardins, dessinés par André Le Nôtre (?), qui offraient des parterres en dentelle, des bassins aussi petits que nombreux, dont les jets d’eau étaient alimentés par les étangs voisins, Chaville gardait un aspect modeste, malgré des terres et des dépendances importantes. Le Parc était une propriété de rapport, les allées étaient bordées de pins ou d’épicéas, les pièces d’eau naturelles avaient reçu des formes géométriques et de nombreuses constructions : Les Pavillons des Huberies et de l’Ursine, le pavillon de l’Abbé avec ses 4 escaliers, la Bellevue, Gloriette que cantonnaient les 4 Pavillons des Bertisettes, fantaisie de la Chancelière puis sur Viroflay, la vielle demeure de Gaillon mi-ferme mi-château où le Chancelier s’était réservé un logement. Tous ces éléments rendaient le domaine agréable et varié.

Le vieux village d’Ursine, enclos dans son domaine, fut rasé, l’église démontée et reconstruite à Vélisy, les habitants furent obligés d’abandonner leurs terres et leurs maisons.
La mort du Chancelier Michel Le Tellier survint en octobre 1685. Le château est peu à peu laissé à l’abandon et la chancelière vend le domaine – Chaville, Viroflay, Villacoublay (*) – à Louis XIV en décembre 1695.

Vente du Domaine de CHAVILLE (Extraits du “Journal de DANGEAU”) :
“Le ROI nous a dit qu’il avait acheté la Maison et le Parc de CHAVILLE pour en faire présent à Monseigneur, qu’il va faire abattre la muraille qui séparait le Parc de Chaville à celui de Meudon. Le ROI donne à Madame la Chancelière Le Tellier et à sa Famille 650.000 francs payables en 4 Termes, un an après la Paix. En attendant, il en paiera les intérêts au denier 20. CHAVILLE avec ce qui est joint, vaut plus de 20.000 livres de rente, ainsi le ROI paye environ au denier 30. Mr l’Archevêque de Reims (frère de Louvois) qui a fait le marché avec le ROI, n’avait jamais voulu dire de prix, il s’en est rapporté au ROI lui-même et toute la Famille est fort contente du prix.” (29 décembre 1695)
“…le 10 janvier 1696, Mgr (le Grand Dauphin) partit de bonne heure de Meudon avec Mme la Princesse de Conti et les Dames qu’il avait menées et passa par Chaville. Il trouva la Maison très petite et les Jardins parfaitement beaux. Il fera meubler quelques chambres pour pouvoir y venir quelques fois faire collation. JOYEUX sera Capitaine de Chaville comme de Meudon”.
“…le 12 janvier 1696, le ROI s’est promené à Chaville avec Mgr, il ne croit pas que cette acquisition fut nécessaire à Meudon mais il l’a faite pour faire plaisir à Mgr qui trouve le Parc et les Jardins de Chaville plus beaux que le ROI ne les trouve.”
“Juillet 1696 : on a fabriqué une machine pour lever et transporter les arbres en motte à Meudon. Avec cet instrument on retirera de Chaville de fortes charmilles et les vieux arbres épicéas du Chancelier Le Tellier qui seront replantés à Meudon, transformant en avenue, l’Allée Neuv.”
“5 juillet 1701 : Le ROI propose de joindre les 2 Parcs de Meudon et de Chaville ou de ne les laisser séparés que par un fossé et d’en abattre la muraille.”
“15 Novembre 1706 : Louis XIV va voir prendre les animaux dans les filets. Début décembre on commence la démolition de la muraille.”

*La moitié du domaine appartenait à son fils, Louvois, depuis 1677.

Le XVIIIe siècle : Chaville et la Révolution, le Cahier de Doléances

Le Roi Louis XVI avait convoqué les États Généraux, pour tenter de résoudre les problèmes politiques et financiers, le déficit des finances devenant catastrophique.
La séance inaugurale eut lieu le 5 Mai 1789 dans la grande salle de l’Hôtel des Menus-plaisirs à Versailles.
Mais en préparation à l’ouverture des États-Généraux, avait eut lieu une vaste enquête d’opinion dans toute le royaume.
Selon l’usage, dans chaque Bailliage, les Assemblées des trois Ordres (clergé, noblesse, tiers-état) rédigèrent des “Cahiers de doléances, plaintes et remontrances” qui devaient être apportés aux États par les députés.
Toutes les Communes, toutes les corporations, rédigèrent sur la Milice, sur les libertés… Mais aussi beaucoup de revendications locales.

Le Cahier de Doléances de CHAVILLE a été écrit par une Assemblée composée des notables de la Paroisse, par les principaux artisans. L’Assemblée générale eut lieu le 16 avril en l’église.
Le cahier comporte 25 articles et sera signé, en présence du Procureur du Bailliage de Meudon dont dépend la Paroisse de CHAVILLE. Parmi les 29 signataires, on trouve le Syndic de la Commune, les 6 Membres “exécutifs” de la Paroisse, les 2 Marguilliers, et 20 membres du Tiers-État. Il est intéressant de noter que 6 exercent la profession de blanchisseurs, activité importante de CHAVILLE. Parmi les signataires du Cahier, 4 seront élus Maires (J.B. LAROQUE, 1790- 1791, le premier Maire de CHAVILLE. J. DEQUATRE, 1791-1792. P. GENTIL, 1792-1795. A. DADA, 1795-1796.), 14 seront Officiers Municipaux entre 1790 et 1816 !
La Paroisse de CHAVILLE comptait 180 feux, soit 820 habitants environ en cette année de 1789.

Dans ce Cahier, on retrouve mentionnés, les problèmes d’ordre général qui préoccupent l’ensemble du peuple français, par exemple :
- liberté individuelle, “sacrée et inviolable,”
- liberté de circulation,
- droit sacré de la Propriété,
- répartition équitable des impôts,
- égalité des citoyens devant la Loi,
- uniformisation des poids et mesures.

Cependant les problèmes spécifiques à la Paroisse, ne sont pas oubliés. CHAVILLE étant entouré de bois giboyeux, et faisant partie du Domaine Royal, voyait ses terres constamment endommagées par les “ Chasses royales”, on peut lire à l’article 8 :

“…réclamation contre les abus des chasses, ruineux et oppressifs, où le cultivateur à cause du lapin et du gibier ne retire pas souvent le grain qu’il met en terre et où la grande bête foule et détruit tout et qui, étant chassée, attire 30 à 40 fois par année, cent chevaux à travers les champs et une foule de gens à pied, les champs sont dégradés, les denrées dévastées… ”
Plainte également au sujet des routes et chemins crées pour les Chasses :
“ Le Tiers-État se plaint que les deux-tiers du territoire de cette paroisse ont été néanmoins enclos, sur différents temps, dans le Grand et le Petit Parc de Meudon, contre le gré des habitants et sans dédommagement suffisant… que les Officiers des Chasses ont fait percer des routes à travers les propriétés des particuliers sans leur aveu sans forme et sans indemnités…il leur est défendu de passer pour l’exploitation de leurs terres par ces routes formées à leur dépend et dont la communication leur est empêchée par des barrières…” (article 8)

Autre récrimination, très importante pour les habitants et vraiment spécifique (article 25) :
“… qu’il soit pris les mesures pour affranchir la Paroisse de l’infection et de la corruption que cause dans
ladite Paroisse, le passage de la décharge des vidanges de la voirie de VERSAILLES.”

Dans l’article 20, on aperçoit un des problèmes important pour la commune, enserrée entre coteaux et forêts, sans possibilité d’expansion des cultures :
“… que les Domaines du Roi soient déclarés aliénables et comme tels vendus, qu’en conséquence il plaise à Sa Majesté, d’accorder aux habitants les terres de sa Ferme de CHAVILLE, avec la jouissance des eaux qui s’y trouvent… que le terrain qui formait autrefois la “Commune” de cette Paroisse, qui a été aliéné soit restitué… ”

Le Cahier de Doléances fut porté au Bailliage de Meudon par deux députés désignés par l’Assemblée, J.B. LAROQUE et J. DELORAILLE.
Le Bailliage secondaire de Meudon regroupait les communes de MEUDON, CHAVILLE, CLAMART, VÉLIZY, VIROFLAY.
Les Cahiers étaient refondus en un seul Cahier qui devenait le “Cahier” du Bailliage.
Les délégués portaient ce cahier au Bailliage Principal. Selon le même processus, un autre cahier refondait les doléances précédentes, devenant le cahier définitif. Une Assemblée Générale procédait à l’élection des Députés désignés pour siéger aux ÉTATS-GÉNÉRAUX.

Pierre Lescot, Pierre Levi-Topal


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